|
Invitation de M. Perrier, Académie des technologiesRéunion du 14 mars 2003 Retranscription de notre échange avec Monsieur Perrier , Délégué général, secrétaire de l'Académie des Technologies. J. Lebeaume remercie vivement M. Perrier de sa venue et après un tour de table, l'invite à présenter l'Académie des Technologies. M. Perrier - Je suis à la fois scientifique de l'industrie et patron de l'industrie puisque après une thèse au CNRS, j'ai dirigé le département Etudes Avancées de Dassault Aviation. Ce département a toujours maintenu une activité de recherche importante en particulier dans le domaine de la mécanique des fluides. J'ai donc eu un rôle important dans la conception des appareils. L'Académie des Technologies est un dispositif qui manquait en France. La plupart des pays industrialisés majeurs ont des Académies de Technologie, depuis des durées variables. La plus ancienne a été fondée en Suède, il y a plus d'une centaine d'années. Les pays anglo-saxons s'en sont dotés aux alentours des années 1930 puis, ensuite, un bon nombre de pays a suivi ce chemin dans les années 1960. La raison de l'existence de ces dernières est que les Académies des Sciences ne répondent pas très clairement aux problèmes de la Technologie. Elles peuvent comprendre des secteurs applicatifs, mais ce n'est pas la finalité de ces Académies. Généralement, il y a un couplage fort entre les académies des sciences et de technologie (US ingeenering). Aux Etats-Unis il y a ce qui est appelé le NRC (National Recherche Council), qui se charge de mener à bien ces liens. Ce dernier répond aux questions du Sénat américain sur les problèmes où interviennent sciences et technologie en faisant intervenir les deux Académies. C'est un élément important de la vie technique d'un pays. En France, l'Académie des Sciences avait dans ses statuts le fait qu'elle était destinée à couvrir les sciences et leurs applications. Elle disposait à ce titre d'une section des applications. Cette section a disparu avant la guerre car elle s'intéressait plus aux sciences pures qu'à leurs applications. Consciente de cette dérive par rapport à son statut, un Comité d'Application De l'Académie des Sciences (CADAS) avait été créé, il y a une vingtaine d'années (ce comité comprenait pour moitié des membres de l'Académie des Sciences et des membres issus de l'industrie). Cette sorte d'Académie d'ingeenering a permis à la France de maintenir son rôle au plan mondial et européen. Il y a moins de trois ans le CADAS a été transformé en une Académie indépendante au sens usuel des autres Académies. Il y a un peu plus de deux ans le ministre de la technologie a inauguré l'Académie des Technologies en lui attribuant des missions qui se précisent progressivement. Cette Académie bénéficie d'une indépendance eu égard à l'opinion du "Politique" ; elle fonctionne à partir d'un processus d'élection interne excluant tout parachutage de l'extérieur. Un certain nombre d'innovations ont vu le jour dans cette Académie : - une règle de membres émérites impliquant la non-participation des membres de plus de 70 ans aux élections (éméritat), pas éligible à vie, en deçà de 65 ans (ce qui a été repris par l'Académie des Sciences) ; - le principe qui consiste à proposer les gens dont on connaît les travaux incite à se limiter aux membres bien connus et entraîne un vieillissement inexorable des élus, d'où la règle des moins de 65 ans ; - l'assemblée des membres cherche à ne pas être trop nombreuse de telle sorte que les grandes décisions soient prises par l'ensemble des membres et non pas par une commission. Sa structureElle comprend 160 membres, ce qui représente moins de 40 % de l'Académie des Sciences, lors de nouvelles élections, nous accueillons à peu près 20 % des membres provenant de l'Académie des Sciences. Les autres 80 % se répartissent selon deux origines : 2/3 provenant des technologies pures et 1/3 des technologies sur l'homme (philosophe, sociologue, médecin.). Cependant, notre assemblée ne compte pas encore assez de femmes. Elle a un fonctionnement différent de L'Académie des Sciences puisqu'elle a une réunion mensuelle et de nombreux groupes de travail pluridisciplinaires. Le groupe sur les TIC (Technologie de l'Information et de la Communication) est particulier car composé de membres dont un nombre suffisant provient d'autres horizons. Une des conséquences est que les spécialistes étant minoritaires, ils doivent être d'autant plus convaincants au moment de la présentation à tous les membres pour faire adopter leur point de vue. Cette structure est très différente de celles d'autres pays qui cherchent beaucoup à définir des règles pour les commissions afin qu'elles donnent un avis conforme en qualité à l'opinion de l'Académie, ce qui nécessite parfois l'approbation de plus de 1200 personnes géographiquement dispersées. C'est quelque chose qui est difficilement gérable, même avec des dispositifs s'appuyant sur les nouvelles technologies, car il est illusoire de prétendre discuter un texte sans présence physique des interlocuteurs pour exprimer des opinions contradictoires et pouvoir en tenir compte. Son fonctionnementAu point de vue financier nous dépendons du Ministère de la recherche. Madame La ministre de la recherche avant d'être ministre était déjà une de nos membres. Pour le financement, nous souhaitons avoir à terme un financement équilibré en 3/3 : 1/3 qui représente les pouvoirs publics ; 1/3 provenant de l'industrie ; 1/3 issu des assemblées territoriales. Cette dernière source de financement marque un accord par lequel nous nous fixons comme règle que 20 % de nos réunions doivent se tenir en province. Au cours des cinq visites effectuées en province nous avons favorisé le maximum de rencontre avec des jeunes. Cet aspect est un des objectifs essentiels de l'Académie des Technologies : faire en sorte que la France se réconcilie avec les technologies (tables rondes et discussions avec de nombreux jeunes). Dans ces visites, je me suis davantage impliqué dans les relations avec l'enseignement technique et intéressé aux cursus de ceux qui réussissent moins bien. Parmi les différents groupes de travail au sein de l'Académie, celui sur l'éducation et la formation a été dirigé par J. Lévy et repris par Y. Mallier, ex-directeur de Cachan. Notre actionUne Académie décide de sa vitesse de fonctionnement pour mieux se donner les meilleurs délais de réflexion. Par exemple, récemment, suite à une saisine du Premier Ministre nous lui avons fixé un délai de six mois, décidé au sein de notre assemblée, estimant qu'un délai plus court ne permettait pas un large échange avec des spécialistes d'horizons différents pour obtenir une réponse satisfaisante. Je crois que notre démarche a été efficace puisque nous étions menacés par un envahissement assez systématique qui avait commencé avec les brevets logiciels provenant des Etats-Unis vers l'Europe. A la suite de notre intervention, les américains ont renoncé à la large ouverture qu'ils avaient prévue et ils ont été amenés à intégrer une partie des normes mises en place. Il y a une quinzaine de commissions couvrant des travaux très divers : nombreuses sont celles qui traitent de problèmes purement technologiques ou directement liés à la technologie. Beaucoup d'entre elles travaillent en liaison avec le public, comme celles qui s'intéressent au monde de l'énergie, en relation avec le débat national sur ce thème. Une, plus particulièrement, est chargée de l'éducation et de la formation. L'Académie s'est dotée d'un bureau restreint avec un président, Monsieur Lemann, directeur de la Recherche et de la Technologie chez Saint Gobain, un vice-président, devenant président deux ans après s'il est accepté, puis un secrétaire élu pour quatre ans, appelé délégué général et enfin un trésorier. Derrière ce bureau, un Conseil de 17 membres représente l'Académie pour les affaires courantes et se réunit au moins aussi souvent que les assemblées. Notre discussion F. Meignié - Est-ce que vous financez certaines inventions comme a pu le faire l'Académie des Sciences, par exemple le financement d'innovations ? M Perrier - Nous ne sommes pas dans la situation de l'Institut qui possède un important patrimoine immobilier et financier qui peut l'amener à faire des actions. Nous ne sommes pas dans cette configuration et nous n'avons donc pas l'intention avant longtemps de procéder de telle sorte tant que nous n'aurons pas un capital pour réaliser des dotations équivalentes. Par contre, nous envisageons peu à peu de distribuer des médailles à caractère honorifique, comme le font d'autres Académies, mais pour cela nous cherchons à mettre en route un processus d'attribution qui nous satisfait. Certains prix existent déjà, par exemple, ceux décernés par la société d'encouragement d'industries nationales (SEIN) pourraient être des prix sous patronage de l'Académie des Technologies, ce qui voudrait dire que nos membres participeraient aux jurys et donneraient leur avis sur la qualité. I. Rak - Publiez-vous des rapports ? M. Perrier - Nous sommes en train de définir une règle du jeu pour faire une collection à mettre sur site Internet. J. Lebeaume - Récemment il y a eu la publication du rapport « technically speaking » L'Académie en a-t-elle discuté ? Quelle est sa position par rapport à la vision américaine qui vise une intégration science and technology avec des recommandations qui permettent d'afficher et d'étiqueter le terme « technologie » dans les diplômes, ce qui donne des orientations pour la recherche, l'enseignement et une information adressée aux décideurs. M. Perrier - L'Académie en a discuté et elle ne semble pas adhérer à la façon anglo-saxonne de voir les choses. La première raison est que la structure d'enseignement universitaire n'est pas la même. Les départements d'ingeenering des grandes sociétés anglo-saxonnes et en particulier des Etats-Unis n'ont pas la même structure et sont dans une optique de focalisation sur les applications, très différentes des universités françaises. L'absence de ces départements en France conduit à une séparation, par exemple, des départements de mathématiques appliquées de ceux de mathématiques pures. Il y a eu incontestablement un refus de l'Académie d'aborder ce problème tel qu'il a été pris par les anglo-saxons. En revanche EURO-Case (association des Académies d'ingeenering européennes) peut avoir un rôle important au niveau de l'éducation car il n'y a pas d'Académie européenne, il y a eu des tentatives pour faire des Académies européennes des sciences et d'ingeenering, mais elles ne se sont pas concrétisées et c'est cette association qui joue ce rôle actuellement en attendant de mettre au point avec nos confrères de nouvelles façons de procéder. Néanmoins, on voit une distinction non négligeable au plan éducatif entre le monde du Nord et celui du Sud. Cependant, nous sommes très séduits par un certain nombre d'expériences anglo-saxonnes très pragmatiques. De la même façon nous sommes très intéressés par des expériences tentées dans les pays latins sur les relations entre l'homme et la technologie. Par contre, dans le cadre de la politique de l'Académie, nous sommes conscients d'une urgence très grande à prendre en compte : le problème des jeunes dans l'enseignement technique et son incidence sur l'avenir de l'industrie en France. En fait, quand on regarde le schéma de la France technologique dans dix ans, on est frappé par le fait que dans l'industrie une génération de technologues entrepreneurs va disparaître parmi les entreprises qui ont un fort potentiel technologique, du fait d'entrepreneurs vieillissants. En France, le monde de l'entreprise a été mal considéré et son intérêt, au service du développement d'un pays, mal enseigné. Il était souvent entendu que c'étaient les élèves ayant des difficultés qui étaient orientés vers l'enseignement technique. Dans une même logique, entreprendre n'était pas considéré à sa juste valeur. En conséquence, à l'échéance de ces 10 ans, ces gens qui créent l'emploi vont disparaître et nous allons avoir un déficit énorme d'entrepreneurs en France. Il n'y aura pas, sur une échéance à dix ans, de nouveaux entrepreneurs pour créer des entreprises dans la gamme des 100 à 500 personnes qui seraient ensuite appelées à être des entreprises de 5000 personnes. C'est en ce sens que le souci prioritaire de l'Académie est de réconcilier la France avec sa technologie pour que le secteur économique ne soit pas exsangue après la disparition des entrepreneurs actuels. Par exemple, la plus grande entreprise de travaux publics c'est BOUYGUES, mais ce n'est pas vraiment une entreprise, c'est un groupe de 400 entreprises et donc ça pose la question de savoir s'il y aura dans un futur proche les 400 entrepreneurs pour maintenir en vie ce tissu. La formation française privilégie une formation conceptuelle et du coup ne prépare pas au métier d'entrepreneur. Pour les dix ans à venir nous avons un énorme besoin de gens qui soient de réels entrepreneurs. C'est un vrai problème pour l'économie française. Les analyses que nous avons entreprises avec les philosophes et sociologues de l'Académie, nous amènent à constater que le fait de favoriser indûment dans la tête des enfants des formations très conceptuelles, entre autres par le biais des grandes écoles, risque d'avoir de graves répercussions. C'est à partir de ce constat d'une France qui n'aime pas ses entrepreneurs, donc qui n'aime pas ce qui va faire sa vie future, qu'il faut essayer de trouver des remèdes. Chaque fois que nous sommes intervenus en province auprès des élèves, nous avons eu une écoute exceptionnelle à la fois des élèves, des enseignants et de la presse locale. Ce qui signifie que les gens sont prêts à entendre, à partir du moment où on leur explique, l'importance des problèmes. A côté de nous, par exemple en Italie du Nord, pays latin qui a une activité artistique intense, on continue à avoir un fort intérêt de la notion d'entreprendre. C'est également le cas dans les pays anglo-saxons avec une réponse qui intègre plus largement le management. En France, le pourcentage d'ingénieurs, au sens grec du terme, et le pourcentage de ceux qui ont du goût pour le bricolage est plus élevé que chez nos voisins, cependant cela ne se traduit pas par l'envie d'entreprendre et c'est pour cela que nous discutons au sein de l'Académie afin d'essayer de redresser la barre. Ce qui nous a énormément surpris dans nos contacts avec l'Education Nationale, c'est tout d'abord son langage qui lui est propre. Celui-ci est certainement efficace quand il sert à aborder des problèmes propres à l'éducation mais quand il est utilisé pour évoquer les relations entre les jeunes et le monde extérieur, là il faut parler un autre langage, c'est-à-dire celui de tout le monde. C'est une dimension qui a gêné nos premiers dialogues. L'autre caractéristique c'est l'importante centralisation de cette institution, ce qui est très particulier dans le contexte Européen et ce qui ne correspond pas à la société actuelle faite d'un monde de relations en réseaux et non plus d'une organisation pyramidale. J. Lebeaume - On peut rappeler que la technologie au Collège est née dans le mouvement marqué par cette dynamique « d'apprendre pour entreprendre » avec ces enjeux de défi face à la modernité. S'en est suivie une sorte d'étouffement de cet élan, puisque vingt ans après la commission permanente de réflexion sur la technologie (COPRET) de 1983, un groupe de travail réécrit les programmes de technologie. Certaines contradictions permettent de comprendre cet étouffement, par exemple l'opération « La main à la pâte » soutenue par l'Académie des Sciences dont les rapports mentionnent qu'il ne faut pas toucher à la Technologie car cela dérive très rapidement vers le bricolage. M. Perrier - La question tout d'abord est de savoir qui a fait ce rapport, car face à l'Education Nationale on a l'impression de se trouver devant quelque chose d'un peu inextricable. Actuellement, je suis les activités de l'opération « la main à la pâte » puisque j'y représente l'Académie des Technologies. Je ne pense pas être en désaccord avec cette opération, par contre le problème est peut-être que le schéma de cette opération n'est pas bien compris. Je suis là pour vous dire que l'Académie s'intéresse de près à ces problèmes mais qu'elle n'a pas encore trouvé les moyens de faire face à ce problème national. Nous pensons que notre travail n'est pas d'écrire dans les médias parisiens car cela signifierait que nous n'aurons pas réussi. C. Patoz - Je suis en accord avec le constat, et en tant que pur produit de l'Enseignement Technique, je lutte depuis des années pour la réconciliation entre la nation et cet enseignement. Aujourd'hui, la structure de l'Enseignement Technique existe, les programmes existent, nous suivons les évolutions scientifiques et techniques, mais nous souffrons du fait que ces structures se vident, les classes de BTS qui comprenaient à peu près 25 élèves en compte aujourd'hui tout juste une quinzaine. Ceci est aggravé par le fait que le vivier des baccalauréats STI est en train de disparaître. Je pense que deux axes sont à réactiver fortement, l'un mettant clairement en avant la technologie porteuse de sens et l'autre s'opposant aux convictions négatives de certains enseignants de l'enseignement général et de parents, sur l'Enseignement Technique. Il me semble que l'on est, compte tenu de l'attitude de certains parents, plus face à un problème de société que de structure d'enseignement. De plus, nous subissons un déficit chronique de communication entre les gens qui produisent et les gens qui utilisent. M. Perrier - Effectivement nous avons pu constater, suite à des entretiens avec des élèves et avec des professeurs de philosophie, que ce qui peut être enseigné pouvait manquer de clarté. Le constat a été que parfois ce qui est enseigné génère beaucoup de confusion entre ce qui est dit par l'enseignant et que l'on ne doit pas croire et ce qui peut être utile. Quant au problème de l'attitude des familles, nous avons également commencé à nous intéresser au problème et ce qui nous frappe c'est que la position des familles semble venir de cette dévalorisation de l'Enseignement Technique et elles manifestent une certaine crainte à engager leurs enfants sur ce qu'elles considèrent être comme une voie de garage. Le mode de recrutement qui permet l'accès à des élèves de faible niveau favorise les critères de jugements négatifs des parents. Justement, une Académie peut jouer un rôle sur ce point en ayant l'audace de mettre en cause certains critères de jugement. Au niveau des collèges, une de nos cibles serait les classes de 4 e et 3 e car le fait que les classes de Sciences et Techniques Industrielles se vident est vraiment inquiétant. D'autres aspects montrent également la mauvaise relation avec le monde de l'entreprise ou bien sa méconnaissance : comme ce cas à Strasbourg où l'on constate une baisse importante d'étudiants en chimie car les parents pensent que la chimie est finie en Alsace, alors qu'elle est au contraire en train de se redéployer. C. Valtat - Il est dommage que Monsieur Mallier ait donné sa démission de la commission Joutard. Il aurait certainement apporté un éclairage de poids sur l'importance de la technologie et son enseignement dans ce groupe très ouvert. M. Perrier - Mais il était trop seul dans la commission pour que ça bouge ! Il y a une erreur de recrutement. Nous avons considéré, Monsieur Mallier et moi-même, que nous ne pouvions pas jouer un rôle utile dans ce système trop massifié. C. Valtat - Pour essayer d'aller à l'encontre d'une perspective où la technologie serait essentiellement une discipline de remédiation, il faut apporter des arguments à l'image de ceux que vous avez évoqués concernant les entrepreneurs et leurs capacités à prendre en compte le réel et partir du concret. Faire comprendre cela à nos dirigeants, ce n'est pas gagné. Par exemple, en région Bourgogne, il y a des bassins complets où il n'y a plus aucun technicien supérieur. M. Perrier - Mais nous sommes tout à fait conscients de cela et ce sont des bassins qui vont mourir. La Belgique en donne un exemple qu'il nous faut méditer : dans la partie Flamande beaucoup de jeunes viennent de l'enseignement technique et le taux de chômage est beaucoup moins élevé que dans la partie française voisine. I. Rak - Pour vous, est-ce que le problème de la désindustrialisation permet néanmoins une redistribution des filières. Si l'on prend en exemple le schéma d'Alcatel qui fait disparaître des productions de France, peut-il engendrer d'autres configurations ? M. Perrier - Ce qu'a fait Alcatel, c'est de se concentrer sur le cour de son métier, c'est-à-dire de faire de l'optique numérique, ce qui nécessite des techniciens spécialisés dans ce domaine. Les entreprises qui étaient sur ce secteur n'ont pas été touchées par cette nouvelle configuration. Le schéma actuel ne consiste donc pas à redistribuer le savoir-faire industriel vers l'extérieur. Un autre exemple, aujourd'hui, quand on achète une Renault, la technologie qui la compose n'est pas celle qui a servi pour la 4CV, l'acier qui l'équipe est un acier de très haute technologie conçu à partir du savoir-faire technologique des entreprises françaises. Heureusement les Français aiment leur technologie et ils l'achètent mais ils imaginent qu'elle tombe du ciel toute faite et surtout ils pensent que ce n'est pas amusant de créer de la technologie. C'est cette manière de voir les choses qui devient problématique. Si on n'arrive pas à redonner goût à la conception de tous ces dispositifs. F. Meignié - Je suis professeur principal et, à ce titre, je consacre une partie de l'emploi du temps à l'orientation des élèves. Je me rends compte que les représentations du monde du travail, d'un enfant de quinze ans, sont principalement marquées par un aspect peut-être bassement matériel mais néanmoins très présent dans leurs dires, c'est le salaire. M. Perrier - Quand je rencontre des jeunes, au cours de visites, ce qu'ils me disent avec leur manière de le dire c'est qu'ils veulent "s'éclater". Ce qu'il faudrait c'est que ces jeunes gens bien dynamiques arrivent à entraîner ceux qui le sont moins. F. Meignié - Ce qui serait intéressant, ce serait de travailler ensemble sur ces représentations. M Perrier - Nous allons créer un site Internet et rassembler tout un tas d'éléments épars pour que tout le monde puisse y avoir accès. Nous indiquerons à cette occasion, tous les musées technologiques, les musées d'entreprises ainsi que des documents existants aujourd'hui au sein des entreprises. Ce que l'on ressent, c'est qu'il faut prendre le temps pour avoir un débat national et sensibiliser nos dirigeants. A. Crindal - Vous faites une analyse qui devrait définir des orientations pour l'Académie, dans ce sens, vous souhaitez agir sur quoi et à destination de qui ? Quand vous constatez que l'action de communication des grands médias supplantent la réalité des problèmes de décisions et des objets de connaissance, c'est un premier point qui m'amène à vous demander, quelles orientations avez-vous et à destination de qui ? La reconnaissance de la technologie passe t-elle aussi par une répartition différente des responsabilités de la lecture du monde des techniques ? Auquel cas, pour réaliser ce rééquilibrage le pensez-vous en termes de contenus à donner à d'autres champs disciplinaires ou de fonctions attribuées à l'Enseignement technique avec horaires à l'appui ou encore de type de pratiques dans l'enseignement (le travail par projet, par atelier, par labo, cela demande du temps non découpé et des évaluations non saucissonnées). Donc que proposez-vous comme orientations sur ce point ? Concernant les très hautes technologies, leur complexité ne permet pas un accès direct au réel ou une approche immédiatement "concrète", cela demande d'autres approches sinon on ne les comprend pas assez pour arriver à un stade de maîtrise. Cette analyse conduit-elle l'Académie à proposer des orientations sur quoi et à destination de qui ? M. Perrier - On tient informés les bons journalistes, maintenant du côté d'Internet la démarche n'est pas convaincante. Comme c'est un débat de société, on ne touche qu'une partie limitée de la population. Nous menons aussi une réflexion avec les membres du Sénat. L'autre aspect est qu'il nous faut effectivement des relais pour ne pas être "techno centrés" Comment trouver un langage où la façon de communiquer permettrait d'engager un débat national ? Sur le concret et le réel, je ne suis pas d'accord avec vous. Nous avons franchi une étape importante à la fin du XXe siècle en modélisant le monde et ces outils mathématiques permettent d'avoir une certaine prise sur le monde. Ces outils permettent des réalisations industrielles, mais ils sont loin de tout permettre et surtout très loin d'avoir une prise sur le réel. Ceci implique que parallèlement à de grandes réussites, il y a des échecs également importants. De nombreux exemples dans différents domaines montrent que nous sommes à la limite du conceptuel et que le retour au réel est indispensable pour comprendre certains mécanismes. Par exemple dans le problème des risques, ils sont à la limite de la mesure mais pas par hasard. Il y a un changement de perspective, une finesse du réel qui redevient très forte et fait sortir du simple usage des modèles. Ça fait appel à des manipulations un peu plus compliquées. Après ces informations et ces échanges, J. Lebeaume renouvelle ses remerciements auprès de Monsieur Perrier pour les discussions qui ont été engagées et souligne l'intérêt de cette rencontre entre l'Académie des technologies et l'Association Européenne pour l'Éducation Technologique. Il souhaite que ces relations soient développées à l'avenir.
...................................................................................................................................................... |
|||||||||||||||||
|
aeetdesign v3 |
||||||||||||||||||